17 mars

21 mars 2020

Equinoxe

Premier jour de printemps.

Je m'endors sur la terrasse, et sur mon livre. 

Les yeux fermés, les bruits qui m'arrivent en cette période où aucune voiture ne circule sont les mêmes que ceux que j'entends d'habitude chez mon père au bord de la mer. Un couple de pigeons s'agite sur les fils électriques. Des petits oiseaux piaillent et battent des ailes en allant en venant dans les haies. Une fois, un frelon passe en bourdonnant. 

Aidé par mon demi-sommeil mon cerveau se trompe ou s'évade. Il emporte mon corps là bas, au bord de l'eau. Le même soleil me chauffe la peau, le même vent me caresse. 

J'ouvre les yeux et je reste quelques secondes sans comprendre où je me réveille. Je cherche à retenir cette sensation, celle des premiers matins de vacances où on cherche un peu ses repères.

Je la laisse partir à regret. 

 

Posté par Caroline Reine à 16:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]


20 mars 2020

Cellule de crises

Vendredi 20 mars.

Mise en place, dans ma mairie, d'une cellule de crise.

La détresse, la peur, la solitude, la bêtise parfois aussi, des gens nous arrive en pleine gueule. Par téléphone interposé, on est protégé du virus. Pas du reste.

Je retrouve dans ce début de chaos un univers que je n'aime pas, mais qui m'est familier. Je suis partagée entre l'envie de m'en servir pour être utile, et la crainte que ça se remarque.

La semaine prochaine il est entendu qu'une collègue prenne mon relais. Je suis soulagée quelque part. Au travail, en effectif très réduit, les gestes barrières contre la contamination sont faciles à respecter, mais se tenir à deux mètres de ses interlocuteurs ne limite pas la propagation de l'angoisse.  Elle est palpable, dans l'air, présente. J'ai hâte de me cloîtrer chez moi, de n'entendre que les oiseaux et la musique. Par comparaison, je m'énerve contre ceux qui sortent encore, dans l'incompréhension du plaisir qu'ils semblent y trouver.

Pour la première fois de la semaine, je passe au supermarché, dans l'idée de n'avoir pas du tout à sortir de chez moi la semaine suivante. Peu de monde, la panique semble passée. Les rayons sont moins pleins qu'en temps normal c'est vrai, mais toute personne qui vient seulement faire ses courses pour la semaine trouvera largement son bonheur.  

Je ne sais pas si c'est déjà l'habitude d'être seule, ou un moyen de tenir l'angoisse ambiante à distance, je ne me rends pas compte que je chantonne dans les rayons. Il y a très peu de monde, un homme traverse le rayon, me remercie pour ma bonne humeur. J'ai envie de rire en pensant qu'il y a une semaine, cet homme, dans le cas où il ne serait juste pas resté indifférent, aurait plus eu envie de me trouver juste bizarre, et pas forcément de me remercier. 

Est ce que subitement les fous sont considérés comme normaux ou est-ce que ce sont les gens normaux qui deviennent déjà fous?

 

Posté par Caroline Reine à 12:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Au matin du quatrième jour...

France, jour 4 de confinement.

J'ai failli bloquer sur ma première phrase. Mais au final, commencer au jour 4 me semble suffisant, en soi, pour en faire un début intéressant. Que s'est il passé pendant ces trois premiers jours? Qu'ai je fait, à quoi ai-je pensé? A qui? Qu'est ce qui a fait qu'à ce quatrième jour, j'ai eu envie de recommencer à écrire?

Ces trois premiers jours resteront pour moi, seule. C'est quand on manque de liberté qu'on crée nos plus beaux jardins secrets, faut croire. Je suis entrée dans le mien, bien caché derrière ses murs.

Il est peut être beau, peut etre pas. Peut etre que j'ai pris plaisir à y rester. Peut etre que je me suis juste allongée dans l'herbe, au milieu, et que j'ai laissé le soleil me chauffer la peau. Peut etre que j'y ai rencontré un serpent, que j'ai eu peur ; peut être que c'était juste une couleuvre. Peut être que j'ai cherché à escalader les murs, à sortir de ce jardin, peut etre que j'ai eu les mains et les genoux qui saignent. Peut etre qu'il était vide, et que j'ai essayé de le remplir. Peut etre qu'il était en friche, et que j'ai essayé de le remettre en état ; peut être que j'ai souhaité le laisser comme ça. 

Je garde ce début pour moi, et donc on commence par la suite.

Je ne compte pas laisser là un témoignage. Il est possible que tout ce que je vais raconter ne soit pas vrai en tous points, ou peut être que si... Je n'ai pas encore décidé. A cette heure, je ne sais pas si j'ai encore assez d'imagination pour inventer, tout comme je ne sais pas si tout ce qui est vrai peut être imaginable.

Je n'ai pas l'intention de me présenter, parce que ma personne importe peu. Il y aura des précisions quand elles seront utiles au texte, ça devrait suffire.

Posté par Caroline Reine à 11:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]